Théâtre et spectacle vivant

Côté cour, côté jardin : le lexique du spectateur

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Côté cour, côté jardin : le lexique du spectateur

Côté cour, côté jardin : vu de la salle, le côté cour désigne la droite du plateau et le côté jardin sa gauche. Ces deux repères ouvrent un lexique que le spectateur croise sans toujours le décoder, de l’italienne au filage, de la générale au rappel, et chaque mot raconte une étape précise du travail des comédiens.

Côté cour, côté jardin : la boussole du plateau

Le repère se lit depuis le fauteuil : face à la scène, la cour est à droite et le côté jardin à gauche. Pour le comédien tourné vers le public, tout s’inverse, d’où ces deux mots plutôt que « droite » et « gauche ». « Sortie jardin » désigne ainsi la même coulisse pour le régisseur, le metteur en scène et l’acteur.

Une affaire de palais, puis de Révolution

Dès 1770, la troupe de la Comédie-Française joue dans la salle des Machines du palais des Tuileries, qui donne d’un côté sur la cour du palais du Louvre et de l’autre sur le jardin des Tuileries : l’habitude se prend de nommer les deux bords de scène d’après ces vues. Auparavant, la cour s’appelait « côté de la reine » et le jardin « côté du roi », d’après les loges royales qui se faisaient face. La Révolution française a effacé ces appellations monarchiques.

Deux astuces pour ne plus confondre

Le moyen mnémotechnique le plus répandu tient en deux initiales, J.-C., comme Jésus-Christ ou Jules César : en regardant la scène, le J du jardin se place à gauche, le C de la cour à droite. Les comédiens retiennent plutôt « côté cour, côté cœur », puisque, face au public, le cœur bat du côté de la cour. En anglais, stage left se compte depuis l’acteur qui regarde la salle et correspond donc au côté cour.

Pour le spectateur, ce repère éclaire une feuille de salle ou une critique qui situe une apparition « à cour ». Le vocabulaire de la salle elle-même, des balcons au parterre, figure dans le guide du théâtre à Pau et de ses salles.

Face, lointain, cintres : la géographie du plateau

Cintres d’un théâtre vus d’en bas, avec perches de projecteurs et frises suspendues au-dessus du plateau

La cour et le jardin ne fixent que la largeur. La profondeur et la hauteur ont leurs propres termes, hérités de la scène à l’italienne :

  • la face, ou avant-scène, est la partie du plateau la plus proche du public ;
  • le lointain désigne le fond de scène ;
  • les cintres occupent le haut de la cage de scène, là où remontent décors et rideaux ;
  • les dessous sont les étages aménagés sous le plancher pour la machinerie ;
  • les coulisses bordent le plateau à cour et à jardin ;
  • la rampe marque le rebord avant de la scène, autrefois garni d’une rangée de feux.

Monter et descendre ne sont pas des images. Dans un théâtre à l’italienne, le plancher est légèrement incliné, plus haut au lointain qu’à la face, et les termes anglais upstage et downstage gardent la trace de ces scènes en pente. Le cadre de scène matérialise le quatrième mur, cette paroi imaginaire dont Denis Diderot formulait déjà l’idée au XVIIIe siècle. Un acteur qui s’adresse au public le « brise » ; une réplique qui ne touche personne ne « passe pas la rampe ».

Ces mots servent aussi à la danse ou à l’humour, présentés dans le panorama des spectacles à Pau.

Du fauteuil au plateau : quand le spectateur a envie de jouer

À force de fréquenter les salles, certains spectateurs veulent éprouver ces mots de l’intérieur. Les répétitions restent le plus souvent à huis clos : c’est en montant soi-même sur un plancher que le filage ou la générale deviennent des moments vécus.

Le chemin le plus direct passe par un cours régulier, où ce vocabulaire devient un outil de travail plutôt qu’une curiosité. Pour qui vit à Paris ou y passe ses soirées de semaine, Avenue du Spectacle offre la possibilité de rejoindre un cours de théâtre amateur à Paris au rythme d’une séance hebdomadaire, avec des groupes ouverts à tous les niveaux, du premier pas sur scène à la classe déjà aguerrie. La page d’accueil présente les créneaux du soir et les salles réparties dans plusieurs arrondissements, puis ce vers quoi tend la saison, le spectacle de fin d’année, mis en scène par des professionnels du théâtre. C’est ce cadre, régulier et tourné vers une vraie représentation, qui donne leur sens aux mots du plateau.

Savoir repérer le côté jardin depuis son fauteuil donne-t-il envie de passer de l’autre côté de la rampe ? Souvent, la curiosité naît exactement là, et le premier filage la change en expérience. Vu de l’intérieur, jouer la pièce d’un seul tenant révèle ce que la salle ne voit jamais : la sortie à cour qu’un comédien enchaîne avec une course en coulisse pour revenir par le jardin trois scènes plus loin, la réplique lancée une seconde trop tôt, le partenaire qui attend dans l’ombre le mot qui le fera entrer. Après cette traversée, le spectateur regarde les acteurs autrement, et devine le travail sous l’apparente facilité.

Italienne, allemande, filage : les mots des répétitions

Table d’accessoires en coulisse où chaque objet attend son entrée avant un filage

Avant la première, une pièce traverse des étapes aux noms souvent intrigants. Chacune correspond à une manière de répéter, donc à un problème précis à régler.

L’italienne, pour la mémoire

Une répétition à l’italienne consiste à dire le texte à toute vitesse, sans chercher l’intention ni bouger. L’interprétation n’est pas en jeu : il s’agit de fiabiliser la mémoire et de rendre fluide l’enchaînement des répliques. L’exercice peut se faire autour d’une table ou en loge, puisque seule la mémoire travaille.

L’allemande, pour l’espace

L’allemande fonctionne à l’inverse : les comédiens parcourent leurs déplacements en accéléré, sans se soucier du texte. Ils y fixent leurs trajectoires, leurs entrées à cour ou à jardin, leurs places au moment d’un changement de lumière. Le principe résume la logique du métier : séparer les difficultés pour les traiter une à une.

Le filage, la pièce d’un seul tenant

Le filage joue la pièce entière sans interruption, dans l’ordre des scènes. C’est souvent le premier moment où la troupe mesure la durée réelle du spectacle, le rythme des enchaînements et les changements de costume trop serrés. Le metteur en scène prend ses notes sans arrêter le jeu et les distribue à la fin : un filage est un examen d’ensemble, pas une séance de détail.

Couturière, colonelle, générale : les derniers jours avant le public

La couturière est l’avant-dernière répétition, jouée avec l’ensemble des costumes. Son nom rappelle qu’elle laissait aux couturières le temps des dernières retouches, et elle sert toujours à vérifier qu’aucun costume ne gêne un mouvement. Certaines équipes intercalent ensuite une colonelle, répétition qui précède la générale et doit son nom à une analogie avec la hiérarchie militaire.

La répétition générale est la dernière avant la première représentation, dans les conditions réelles de durée, de décors, de son et de lumière. Proches, invités et parfois journalistes peuvent y assister : c’est la première fois que le spectacle affronte un regard extérieur, et les comédiens y découvrent les rires ou les silences qu’ils n’entendaient pas en salle vide. La première, enfin, ouvre la série des représentations publiques.

Trois coups, rappel, servante : les rituels de la représentation

Brigadier de théâtre à poignée de velours posé sur le plancher d’une scène

Le soir venu, le lexique change de registre. Les trois coups sont frappés sur le plancher avec un bâton appelé brigadier, traditionnellement taillé dans une perche de théâtre et muni d’une poignée de velours rouge fixée par des clous dorés. La Comédie-Française en a longtemps frappé six, en souvenir de la réunion, sous Louis XIV, de la troupe de l’hôtel de Bourgogne et de l’ancienne troupe de Molière. Dans bien des salles, la tradition s’efface au profit du noir et du silence.

Le rappel désigne les acclamations qui font revenir les artistes sur scène pour être applaudis. Aucune règle n’en fixe le nombre : la troupe revient saluer tant que la salle prolonge l’élan. Le salut se répète lui aussi en amont, car l’ordre des sorties appartient à la mise en scène.

Restent les superstitions, que les plateaux entretiennent avec un sérieux amusé :

  • dire « merde » plutôt que « bonne chance », en souvenir des calèches dont le crottin, devant l’entrée, trahissait l’affluence du soir ;
  • bannir le mot « corde », remplacé par guinde, fil ou bout ;
  • se méfier du vert, réputé néfaste depuis le début du XXe siècle, alors que les documents décrivent Molière en robe de chambre amarante lors de sa dernière représentation du Malade imaginaire, le 17 février 1673 ;
  • ne jamais siffler en scène ni en coulisse, car les régisseurs d’autrefois communiquaient par sifflements codés pour les changements de décor.

Quand le théâtre se vide, une servante, lampe posée sur un haut pied, reste allumée sur le plateau et veille dans le noir. Les gens de scène la surnomment aussi sentinelle.

Ce que ce lexique dit du travail des comédiens

Mis bout à bout, ces mots dessinent une méthode. Le théâtre découpe chaque difficulté : la mémoire avec l’italienne, l’espace avec l’allemande, la continuité avec le filage, les costumes avec la couturière, le regard des autres avec la générale. Rien n’y relève de l’inspiration seule, tout passe par la répétition au sens propre du terme.

Ce vocabulaire de scène est aussi celui d’un collectif. Une indication « à cour » n’a de valeur que si l’équipe entière l’entend de la même façon, de l’éclairagiste au régisseur plateau. Pour le spectateur palois, le connaître fait voir, derrière la fluidité d’une soirée, les longues semaines de travail qui l’ont précédée, et donne une autre saveur au moment où la troupe revient saluer. Le guide pour sortir à Pau le soir aide ensuite à repérer la prochaine représentation où mettre ce lexique du théâtre à l’épreuve.

Avenue du Spectacle, des cours pour passer de la salle à la scène

Avenue du Spectacle est une école de théâtre amateur installée à Paris, ouverte aux adultes, qu’ils n’aient jamais joué ou qu’ils pratiquent depuis plusieurs saisons. Les cours se tiennent une fois par semaine, le soir, dans des salles qui vont du 2e arrondissement au 19e en passant par le 11e, et suivent des niveaux distincts, du groupe débutant à la classe troupe. Des stages complètent cette pratique régulière, autour de l’improvisation, de la prise de parole, du cinéma ou de la chanson. Les professeurs viennent de la scène, et chaque saison s’achève sur une mise en scène jouée devant un public, où le filage, la générale et les rappels deviennent des étapes vécues. L’école a son adresse au 7 boulevard Montmartre, 75002 Paris, et se joint au 06 25 02 24 43.

Petites questions de spectateur

D’où viennent les expressions côté cour et côté jardin ?

Elles remontent à la Comédie-Française, installée dès 1770 dans la salle des Machines du palais des Tuileries. D’un côté, la salle ouvrait sur la cour du palais du Louvre ; de l’autre, sur le jardin des Tuileries, et l’habitude s’est prise de nommer ainsi les deux bords du plateau. Les anciens repères, côté de la reine pour la cour et côté du roi pour le jardin, ont été abandonnés après la Révolution française.

Qu’est-ce qu’une italienne au théâtre ?

C’est une répétition où les comédiens disent leur texte à toute allure, sans chercher l’intention juste et sans faire leurs déplacements. L’exercice ne vise pas le jeu : il consolide la mémoire et rend l’enchaînement des répliques plus fluide. L’allemande en est le pendant, puisqu’elle fait parcourir les déplacements en accéléré sans s’occuper du texte. Les deux isolent une difficulté à la fois, avant que le filage ne réunisse tout.

Le public peut-il assister à une générale ?

Parfois, mais rarement en achetant un billet. La générale est la dernière répétition avant la première, jouée dans les conditions réelles de durée, de décor, de son et de lumière. Les équipes y convient volontiers des proches, des invités, des professionnels et parfois des journalistes, pour éprouver le spectacle face à un premier regard extérieur. Certaines salles ouvrent aussi des répétitions publiques, annoncées dans leur lettre d’information.

Combien de rappels une troupe fait-elle à la fin d’une pièce ?

Aucun nombre n’est fixé. Le rappel désigne les acclamations qui font revenir les artistes sur scène, et la troupe revient tant que la salle prolonge ses applaudissements. Le premier salut est le plus souvent réglé en répétition, avec l’ordre des entrées et la place de chacun ; les suivants dépendent de l’élan du public et de la régie, qui rallume ou non le plateau. Une salle qui se lève signale un accueil particulièrement chaleureux.

Où apprendre le jeu en amateur à Paris ?

À Paris, Avenue du Spectacle accueille les adultes qui veulent passer de la salle au plateau, débutants comme confirmés. Cette école de théâtre amateur organise des cours hebdomadaires en soirée, répartis par niveaux dans trois arrondissements de la rive droite : 2e, 11e et 19e, ainsi que des stages ponctuels. Chaque saison se termine par une représentation mise en scène devant un public, l’occasion de traverser pour de bon le filage, la générale et les rappels décrits plus haut.